15 avr. 2007

Henry Miller et la Grèce (1)

J'ai pris beaucoup de plaisir à lire le récit du séjour de Henry Miller en Grèce. Il y a dans ce livre quelques remarques toujours très justes.
Le Français dresse des murs autour de sa conversation, comme autour de ses jardins : il enferme tout dans des limites, pour se sentir chez lui. Au fond, il n'a pas confiance en ses semblables ; il est sceptique parce qu'il ne croit pas à la bonté innée de l'homme. Il est devenu réaliste, par goût de la sécurité et par esprit pratique. Le Grec, de son côté, est un aventurier ; il est téméraire, s'adapte facilement et n'a pas de peine à se faire des amis. Les murs que l'on voit en Grèce, lorsqu'ils ne sont pas d'origine turque ou vénitienne, datent de l'ère de Cyclopes. D'expérience personnelle, je dirais qu'il n'y a pas d'homme plus direct, d'abord plus facile, de rapports plus aisés que les Grecs. Il devient immédiatement votre ami ; il vient à vous de tout coeur. Avec le Français, l'amitié est un processus long et laborieux : il faut parfois toute une vie pour faire de lui votre ami [...]. On a dit et répété que la France entière est un jardin ; et, pour qui aime la France comme moi, elle peut être guérison et paix de l'esprit ; je m'y suis remis des chocs et des meurtrissures que j'avais reçu dans mon pays. Mais vient un jour où l'on est de nouveau solide et vigoureux et où cette atmosphère cesse d'être nourissante. On apsire à s'évader, à éprouver ses forces. Alors l'esprit français n'a plus de suffire. On meurt d'envie de se faire des amis, de se créer des ennemis, de regarder par-delà les murs et les carrés de la terre cultivée. On voudrait ne plus penser en termes d'assurance sur la vie, de secours aux malades, de retraites des vieux, etc.
Henry Miller, Le Colosse de Maroussi. Paris : Le Chène, 1958 (traduction de Georges Belmont). Edition orginale (en anglais) : 1940.

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